LE CONSERVATEUR DE LA FAUNE ET LA FOURMILIÈRE
"Le monticule grouille de bestioles noires qui, enragées, émettent des cliquetis secs. C’est à peine si on distingue sur quoi elles s’acharnent. Archibald Molitor, conservateur de la faune et de la flore du canton de Genève, se saisit d’un rameau d’un jeune hêtre, le casse et se dirige vers la butte." Lire la suite
L'IMPROBABLE RENCONTRE
"J’étais arrivé le matin même à Phnom Penh. Cela faisait longtemps que j’attendais ce moment qu’il m’avait fallu reporter à plusieurs reprises ce voyage auquel j’aspirais au plus profond de moi, sans raison apparente. C’était comme ça. Peut-être était-ce la musicalité des lieux, Phnom Penh, Battambang, Siem Reap, Kompong Thom ou encore l’exotique Angkor. Un peu plus de quinze ans après la chute des Khmers rouges, accéder au pays était toujours passablement aventureux. Truffé de mines antipersonnel même aux abords des temples, il était le théâtre d’une guérilla intérieure dont les fondements m’échappaient." Lire la suite
CLAVICULE CASSÉE
"Dire qu’il a bien fait de s’encoubler ce jour-là serait cynique et peu reluisant de ma part. Toujours est-il que cela signifia pour moi le début d’une aventure peu commune ! Je m’explique. Lors de la troisième édition du Nyon Folk Festival — il ne s’appelait pas encore Paléo Festival — les organisateurs avaient engagé un annonceur professionnel pour chauffer la foule avant les concerts : un prénommé Archie. Il avait débarqué la veille de l’ouverture en provenance de Londres avec une valise débordante de pantalons, vestes, casquettes et autres chapeaux ridicules qu’il comptait bien utiliser pour ses « Announcements ». Pour ma part, j’étais roadie sur la grande scène, en français « machiniste du spectacle », dans les faits porteur et pousseur de lourdes caisses à roulettes contenant amplis, consoles et instruments." Lire la suite
LA MARÂTRE À CONFESSE
"J’ai toujours pensé que je finirais par m’installer un jour à la cour du Roi. Jamais, ô grand jamais, de la manière que je vais conter. Veuve d’un chevalier, j’avais épousé, en seconde noce, un gentilhomme proche du cercle royal. C’était principalement, j’en conviens, afin de me rapprocher du château et de ses hôtes. Veuf lui-même, mon nouveau conjoint avait une fille, Alice, qu’il avait emportée dans son équipage. C’était-là un trouble certain pour les desseins que je formais tant pour moi que pour mes deux filles. L’extrême beauté d’Alice n’eut pu être niée, pas même par la plus immodérée des mauvaises fois. A ses côtés, Javotte et Anastasie – il m’en coûte de le dire – faisaient pâle figure." Lire la suite
ÉPIPHANIE
"Pour mener à bien le vingt-septième opus des aventures du chevalier Thibert, Gaston Dunoyer s’était finalement astreint à la rédaction d’un plan. Il espérait ainsi se mettre à l’abri d’une panne dévastatrice de sa plume semblable à celle qu’il avait eu à affronter lors de la narration du tome précédent." Lire la suite
BAMAKO
"Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur. J’étais alors en recherche d’emploi. Cela devenait urgent de trouver un job, peu importe lequel. Depuis plusieurs jours, une idée trottait dans ma tête. Et si tu appelais Jérôme Matthey ? Le professeur Matthey était titulaire de la chaire de relations internationales à Science Po. J’avais effectué mon travail de licence dans son département. Mon mémo ayant reçu une mention cum laude, il devait certainement se rappeler de moi." Lire la suite
LE CANAL DU MIDI
"Le jour de mon mariage, en plus des promesses d’usage devant Monsieur le Curé, j’avais fait serment à Nuria de retourner chaque année dans son pays, près de Barcelone, pour y passer les grandes vacances. Ainsi, début juillet, à peine l’école finie, on réveillait les enfants aux environs de trois heures du matin. Après avoir tassé, entassé, pressé, compressé dans le coffre de la voiture ce qui ressemblait à un déménagement sans retour, nous quittions aux aurores notre petite bourgade des bords du lac Léman. La route serait longue, il nous en coûterait dix-sept heures pour le moins, pour autant encore que les douaniers du col du Perthus ne rallongent pas l’addition par une grève du zèle dont ils avaient le secret. Du côté espagnol, ce n’était guère mieux, leurs gabelous étant toujours à l’affût d’une plaque de chocolat à séquestrer, misérable butin. En ce début des années soixante, Franco régnait en maître et fermait les yeux à son propre avantage sur le racket de son administration." Lire la suite
TRAHISON ÉTERNELLE
"Ce serait la dernière fois qu’on la verrait sortir de chez elle. Comme tous les premiers mardis du mois, courbée sous le poids de ses quatre-vingt-sept ans, elle se lance à pied pour un long périple à travers la ville. Elle pourrait prendre le bus ou le métro mais, comme elle aime à le rappeler, « il n’y a pas de petites économies ». Elle en sait quelque chose. Durant la guerre civile, elle avait nourri sa petite famille en grappillant aussi bien les centimes de pésètes que les lentilles qu’elle allait glaner dans les champs une fois les récoltes terminées, loin du centre de Barcelone. La marche, ça la connait." Lire la suite